Pendant des années Eugène vécut heureux. Il n’hésitait pas à balayer le matin, le midi, après le repas, le soir aussi. Il finit pas connaître toutes les pièces de la maison tous ses recoins. Il lui arriva même de s’aventurer dehors quand son collègue, le gros balai du dehors, qui s’appelait je crois Mabon, se blessa gravant et qu’il dut le remplacer momentanément.

Notre ami Eugène eut de nombreuses aventures qu’il aimait bien raconter à ses amis le placard, le soir avant que tout le monde ne s’endorme. Comme le jour, par exemple, le fils de la patronne s’était tordu la cheville. Il avait une belle entorse. Il s’était alors servi d’Eugène comme béquille. Pendant trois semaines, Eugène n’avait rien fait que de se promener avec le fils de la patronne. Cela avait été comme des vacances.

Une autre fois, des amis de la maison étaient venus passés le week-end. Les enfants de ces derniers, se servirent de lui comme d’un cheval. Eugène s’était bien amusé.

Une autre fois encore, il fut accroché derrière la dernière voiture d’un couple de jeunes mariés. Ce fut un voyage magnifique. Il vit tout le village, l’église, la mairie…

Ainsi, sa vie comme chacun de nous était ainsi faite de petits événements quotidiens parfois entrecoupés de moments plus inhabituels…

Mais, après de nombreuses années, alors qu’il n’était plus très jeune…

Un matin, il entendit un bruit étrange….

Il regarda son collègue plus jeune. En effet, depuis quelques mois, la patronne avait racheté un balai. Il faut dire que notre ami Eugène s’était, avec les années, un peu déplumé. Il vivait aujourd’hui tranquillement, presque en retraite. La tête entourée de la serpillière, on le sortait parfois, à la place de la Mère Honorine, la très vielle brosse qui ne bougeait plus de son coin. Il remplaçait ainsi de temps en temps, cette dernière. Il faut dire, néanmoins, que cela devenait de plus en plus rare. C’était donc son jeune ami que l’on appelait Nestor qui se chargeait maintenant des travaux de balayage.

Mais revenons à notre bruit étrange. C’était une sorte de ronronnement continu. L’inquiétude ne gagnait pas encore les habitants du placard. C’était plutôt de la curiosité. Et comme personne n’était sorti ce matin, on ignorait tout de ce qui se passait dans la maison.

Depuis quelque temps, il se passait des choses étranges dans la maison. On avait vu arriver un réfrigérateur énorme, ventru qui engloutissait des tas de nourriture. Il s’était substitué au vieux garde manger que l’on avait oublié à la cave, seul et désespéré. Puis, vint une machine bruyante, qui tournait tout à coup furieusement, et qui avait un très mauvais caractère. Elle lavait le linge parait-il ! On mis le grand baquet qui avait vu tant de serviettes de draps, de chemises dans le jardin.On le gava de terre et rapidement, il fut couvert d’un manteau de petite fleurs de toutes les couleurs. Le baquet, à ce qu’on dit, ne s’en plaignait pas.

Et puis vint la bavarde. Elle était massive, et trônait au milieu de la salle de séjour Les patrons en étaient fous, le soir surtout.Le patron disait :

-allume la télévision pour voir les informations

et la patronne de répondre :

-qu’ y a-t-il ce soir au programme ?

On n’arrivait plus à dormir.

Pour revenir à notre bruit bizarre, celui-ci s’arrêta au bout d’une heure. Ouf ! Quel silence…

La porte du placard s’ouvrit et alors chacun retint son souffle. La patronne posa dans parmi tous nos amis, un drôle d’engin. Sitôt la porte refermée, les questions commencèrent à fuser :

Qui es-tu ? demanda la première la vieille Honorine, comme d’habitude toujours aussi pipelette.

Le nouvel occupant du placard, regarda tout le monde et d’un ton arrogant déclara :

-Je suis un aspirateur !

-et cela sert à quoi un aspirateur ? questionna hardiment le jeune balai Nestor.

-eh bien ! c’est moi qui ramasse les poussières et je suis plus efficace que mille balais, rétorqua sans ménagement le grossier personnage.

Un silence désapprobateur suivi cette déclaration. On entendit les pleurs étouffés du jeune Nestor qui prononçait ces terribles paroles :

-alors on ne sert plus à rien !

L’aspirateur qui sentait qu’il avait été trop loin, ajouta plus doucement :

-oui, mais parfois, il y a des coins où je ne peux pas aller…et je ne sais pas laver le carrelage.

-on a donc encore besoin de nous, se consolait notre jeune ami.

Les choses avaient repris leur cours normal. Certes, Monsieur l’aspirateur ronflait tous les matins, certes, le jeune balai Nestor ne sortait plus aussi souvent pour travailler, mais on s’était accommodé de cette nouvelle vie.

Mais un jour, alors que la patronne rangeait l’aspirateur, elle regarda Eugène, notre balai en semi retraite, d’un air bizarre…

-tu tiens de la place, toi. Je n’ai plus besoin de toi. Et d’ajouter

-je vais me débarrasser de toi

-elle saisit sans ménagement par le col notre balai Eugène et l’emporta vers on ne sait quelle destination.

La consternation se lisait sur les visages de tous ses amis du placard. Même ce gros prétentieux d’aspirateur semblait ému par la situation.

Voila notre Eugène en dehors de la maison. Il n’en menait pas large. Que vais-je devenir ? pensait-il. La patronne se dirigea vers le poulailler où deux coqs furieux se disputaient pour on ne sait quelle raison. Du coup, Eugène, lui qui est si doux, eut peur d’être l’objet qui servirait à calmer les deux protagonistes. Mais la patronne ne vit que la bataille. Elle en oublia Eugène qu’elle posa là, contre un mur, pour aller séparer la volaille.

A suivre…

Posted by Orival, filed under Tourisme. Date: November 28, 2008, 1:38 pm | Comments Off

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