L’aventure commençait pour notre ami !

Et le voila dehors.

Notre balai, habitué à la douce pénombre du magasin, fut ébloui par la lumière du dehors. Il faisait un grand soleil chaud et le ciel était si bleu…

La dame se dirigea à petits pas vers une carriole attelée à un âne qu’on appelait Fifi.

-Hue ! Fifi s’écria la dame et la charrette s’ébranla. Notre balai Eugène…

Ah j’oubliai, ce brave balai se prénommait Eugène. C’est le nom que ses copains de la quincaillerie lui avaient donné. Un prénom noble qui posait notre personnage, car il était il faut bien le dire, celui ci était un peu guindé. Ce qui me direz-vous est normal pour un balai.

Donc Eugène, puisque il faut l’appeler ainsi maintenant, se retrouva, à la sortie de la ville, sur une petite route quelque peu poussiéreuse. Il avait soif sous ce soleil très haut dans le ciel. La dame ou plutôt son âne prenait son temps.

Tout à coup, l’équipage tourna dans un chemin cahoteux mais délicieusement ombragé. Un vrai bonheur pensa Eugène. Mais un trou plus méchant que les autres faillit le faire tomber.

Mais la dame veillait sur son trésor…elle rattrapa Eugène prestement.

Pendant le reste du voyage, notre balai faillit s’endormir épuisé par toutes ces émotions.

Il fut tiré hors de sa torpeur par un « ho ! ho ! » Fort et puissant. C’était le mari de la dame, un solide paysan aux mains énormes et calleuses qui saisirent notre Eugène. Celui ci prit peur mais impossible de s’échapper !

Qu’allait-il devenir ?

Le paysan l’emmena dans la maison et là, il retrouva avec bonheur une certaine obscurité. Elle lui rappelait un peu celle du magasin du Père André.

Mais oh stupeur ! Le paysan ouvrit une porte de placard et y déposa sans douceur ce brave Eugène…et referma la porte aussitôt

Ainsi notre balai allait-il terminer sa vie en prison ?

Un peu abasourdi, il mit quelques temps à recouvrer ses esprits.Il restait terrorisé dans ce noir qui lui paru en premier lieu, impénétrable. Il entendait autour de lui, des murmures inquiétants. Qu’avait-il fait pour mériter cela ?

Peu à peu cependant, l’endroit lui paru moins sombre. La porte du placard laissait filtrer une raie de lumière. Le regard de notre ami s’habituait progressivement et il commençait à mieux percevoir le contenu de son environnement.

Les voix s’étaient tues. Mais tout à coup une vois grave venant du coin le plus reculé gronda :

-Qui es-tu ?

Notre balai intimidé répondit aussitôt :

Je m’appelle Eugène et je viens de chez Monsieur André…

La même voix terrible l’interrompit :

-qui est ce monsieur André ?

Avant que notre pauvre Eugène ne réplique, une autre voix douce et chaleureuse se fit entendre :

-Père Gustave, arrêtez d’effrayer ce malheureux avec votre grosse voix !

Et de continuer :

Bonjour mon petit ami, je vais te présenter notre communauté, la communauté du placard…

-d’abord, je ne te présente pas le Père Gustave. C’est lui qui vient de parler. Il est un peu ronchon mais c’est un brave vieux seau en fer. Le temps lui a laissé quelques traces de rouilles un peu partout sur le corps. Il a aussi plusieurs bosses, témoignages d’une longue vie d’un dur labeur. Et la serpillière que tu voies s’accrochant à lui c’est sa fille fidèle qui l’aide dans le lavage du sol de la maison. Je peux te dire qu’il y a du travail ici. La patronne n’aime pas avoir la maison sale, mais tu sais à la campagne lorsqu’on revient des champs, les sabots sont crottés et à chaque fois, tout est à recommencer. Enfin tu verras. Je suis sûr que toi aussi tu vas beaucoup servir…

Elle resta un moment silencieuse, rêveuse, car celle qui venait de parler était une très vieille brosse toute usagée. Il ne lui restait presque plus de crins.

- Tu es une vielle bavarde, Mère Honorine, toussa un écouvillon complètement rouillé encore plus vieux, encore plus déplumé. Il avait été sans doute oublié là, posé par négligence.Il ne devait pas être sorti du placard depuis des lustres.

-laisse moi terminer les présentations Monsieur le géronte.

L’écouvillon, vexé se renfrogna dans son encoignure, accroché à son clou aussi rouillé que lui.

-Donc je continue les présentations, mon petit Eugène.

-Voici par terre, Irène et René. Irène, c’est la balayette et René, c’est le ramasse poussière. C’est un couple charmant, toujours inséparable, surtout dans le travail. Et voici Octave, le plumeau. C’est un garçon vif, léger.Son plaisir est d’aller partout.Tu le verrais, voler de meuble en meuble…Quand il était jeune il a pris des cours de danse et cela lui est resté, n’est-ce pas Octave ? Celui-ci qui était un timide, baissa la tête et émis un petit bruit de satisfaction.

Reprenant son souffle, Honorine continua :

-et le grand là bas, c’est Monsieur Paul.

Monsieur Paul, une tête de loup très grande, s’inclina et dit avec affectation :

-enchanté, Monsieur Eugène.

Dans le placard, il y avait aussi des étagères sur lesquelles vivaient des éponges toujours en train de chuchoter, des paquets de lessives baillant, la bouche grande ouverte, des gros savons de Marseille dont il fallait se méfier car on les disait sournois… et plein d’autres personnages plus ou moins importants. Je pense là par exemple, aux pièges à souris dont la réputation était encore plus sinistre. Personne, d’ailleurs, n’osait leur parler.

Voila dans quel monde notre ami Eugène le balai allait vivre maintenant. Un monde différent de celui qu’il avait connu chez le Père André. C’était un petit monde où il se sentait déjà bien parmi ses nouveaux amis. Si le travail quotidien était dur, à la fin de la journée, on pouvait être fier d’avoir accompli sa tache avec honnêteté et courage.

A suivre…

Posted by Orival, filed under Tourisme. Date: November 20, 2008, 1:36 pm | Comments Off

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