


UN PEU D’HISTOIRE…
Georges Beaurain des Antiquaires de Picardie dans sa “Notice historique” sur Orival décrit des éléments de l’histoire d’Orival. Il nous cite la liste des Seigneurs d’Orival Elle est particulière longue pour la publier ici. Cependant voici les extraits suivants :
LA SEIGNEURIE ET LES FIEFS MOUVANTS
[...] Nous n’avons de certitude absolue, quant aux seigneurs d’Orival qu’à partir de :
1462 : Raoufequin de Riencourt qui présente,comme seigneur à la cure.
1462-1742 : Les Riencourt. Marie-Catherine-Adélaïde de Riencourt, épouse à cette dernière date, François-Olivier de Saint-Georges, marquis de Vérac, et lui appporte Orival.
1742-(jusqu’à la Révolution) : Les Saint-Georges.[...]
Les seigneurs d’Orival n’avaient, dans leurs terres normandes que la moyenne et la basse justice. La haute justice appartenait aux seigneurs d’Aumale. C’est ce qui fait dire, en 1765, au marquis d’Orival, que ses terres normandes sont ” moins seigneuriales ” que ses terres picardes dans lesquelles il possédait précisément la haute justice.
Rappelons que l’on désigne par basse justice, celle qui ne s’appliquait qu’aux affaires de peu d’importance et de haute justice, celle qui donnait Seigneur le droit de prononcer des peines capitales
LE CHÂTEAU.
Les ” élévations ” du château d’Orival, de la tour d’Offignies, des églises d’Orival, de Lignières, de Saint- Saturnin, que fournit une pièce des Archives départementales de la Somme sont purement fantaisistes. Les églises nous sont parvenues elles ne ressemblent en rien aux petits dessins en question. Nous sommes assez renseignés sur la forme et l’aspect de la tour détruite d’Offignies pour en dire autant d’elle et, enfin, il est certain que le château d’Orival était autrement plus important et différent.
Sur la motte rectangulaire qui seule nous est parvenue, le château comprenait un vaste corps de logis d’environ 120 pieds de long, tournant le dos à peu près au midi (Le pied est une ancienne mesure qui valait environ un tiers de mètre)
Une aile, à l’Est, faisait retour d’équerre vers le Nord, sur une longueur de 70 pieds. Ces deux corps s’amortissaient en pavillons, formant saillie. A leur point de jonction étaient, extérieurement, une petite tourelle d’angle, carrée, à demi engagée et, intérieurement, une grosse tour à six pans, trois pans engagés. Une ” petite cour “, au Nord, occupait l’espace libre du rectangle de la motte.
Dans ce château, on ne ramonait pas moins de 22 cheminées, en 1773. Sous la motte s’étendent, dit-on, d’importantes caves. L’admirable fronton du lit de la collection de M. le Docteur Herbet, qu’a reproduit la Société des Antiquaires de Picardie dans son Album archéologique donne une idée de ce que pouvait être le mobilier de ce château.
La vente par l’Administration des Domaines en commença le 10 juin 1793 produisit 11,583 livres.
Tout fut dispersé à vil prix. La Bibliothèque de la ville d’Amiens conserve un Catalogue des livres du Château d’Orival dont le nombre avait été au moins augmenté en 1773.
Divers bâtiments d’exploitation subsistent autour de la motte. Des ancres de fer inscrivent, sur l’un d’eux la date 1643. Le tout était entouré de jardins et du parc, sur 21 â 22 hectares (55 journaux 56 verges 1/3).
ORGANISATION ECCLÉSIASTIQUE
Avant la révolution : – Diocèse de Rouen, doyenné d’Aumale. Depuis, diocèse d’Amiens, doyenné d’Hornoy. Vocables : la Vierge et Saint-Martin. Présentateur : le Seigneur du lieu.
Curés :
- 1202 : Gautier;
- vers 1250-1260: le curé est suspendu depuis longtemps, il n’est pas chapelain ;
- 1469: Roger Le Carpentier démissionne et est remplacé par Nicolas Du Pont;
- 1482 : Jean Froissart démissionne et est remplacé par Jean Boulloche
- 1521 : Jean Canu
- 1523 : Pierre Delisle ;
- 1616 : Claude Vallée ;
- 1640/ 1653 : Jean Damiette ;
- 1675 : François Dessuslefour ;
-1693/1704: Jean Le Clerc ;
- 1707-1752 : P.Thibault ;
- 1753-1754 : Charles-François Du Hamel
- 1755 : Antoine-Charles Rose;
-1769 : Cottret qui, le 30 janvier 1791, prêta serment à la Constitution.
II y eut souvent un vicaire. Décimateur : le curé, alias l’évêque d’Amiens qui donne à ferme la dîme, en 1688, pour 9 ans, moyennant, par an, 200 livres.
Revenu de la cure : – vers 1250-1260 : 30 livres tournois. En1469, les temps sont bien changés. On estime que le bénéfice ne rapporte pas 60 sols tournois nets (valeur 8 livres tournois).
C’est ce qui explique les démissions de curés notées ci-dessus. Ils n’y pouvaient vivre.
Le prieur d’Hornoy, d’ailleurs, prélevait sans doute le plus clair du revenu en prenant annuellement 19 mines de blé et autant d’avoine et 10 sols sur les grosses dîmes.
ÉGLISE.
Église en briques, du XVIème siècle, sans caractère. Voûtes en bois dont les poinçons et les tirants sont supprimés et les sablières cachées. Elle est entièrement plafonnée et polychromée, on a simulé une voûte en pierres d’appareil. Clocher sur piliers de bois noyés dans des piliers de plâtre, ronds, à cannelures. Porte murée, au bas de la nef, côté de l’épître. Au pignon, formant chevet droit, deux fenêtres à arc brisé, murées. Chapelle seigneuriale. Orientation Nord. Nord-Est 75°. Les seules choses intéressantes sont une vierge dans une niche extérieure, au-dessus du portail, et trois pierres tombales.
Une seule pierre subsiste de nos jours dans la rue de l’ancienne école
Il y eut trois cloches dès le XVIIème siècle. Elles dataient de 1616 et 1640. Elles furent remplacées, en 1771, par trois autres qu’on descendit ” le 6e jour de la 3e décade du 2e mois de l’an II ” (17 nov. 1793) et conduisit au chef-lieu du district d’Amiens. On du les remplacer, mais les trois actuelles ne datent que de 1881.
Les croix et armoiries des “ci-devant seigneurs et autres signes féodaux et royalistes ” furent enlevés le 7 pluviôse an II (26 janv. 1794), les bancs, autels “et accompagnements” vendus le 12 mars suivant (22 ventôse).
Au XVème siècle, le cimetière était autour de l’église. Le presbytère s’y accotait et aboutait au bois du seigneur, c’est à dire sans doute à ce qu’on a appelé plus tard “le Bois du pare “. Ce presbytère était “maison d’omosne”, mais n’était pas “maison croisée”. Il n’était pas chargé d’aucun cens ni rente. Le presbytère avant la destruction de l’ancienne église était évidemment à la place qu’occupait celui du XVème siècle, mais il ne subsiste guère de traces de cimetière autour de l’église. II y était pourtant encore en 1541 et sans doute plus tard aussi. Mais il du en être ôté de bonne heure, vers 1670, âge qu’attestaient les trois vénérables tilleuls qui le cantonnaient de nos jours, à la sortie du village, vers Boulainvillers.
Ces tilleuls ont été abattus vers 1957 , 58 ans après que l’un d’eux ait été touché par la foudre.
Il existait au XVème siècle, dans l’église, une confrérie de Notre-dame fondée dans un but de piété mais dépourvue de
Il existait au XVème siècle, dans l’église, une confrérie de Notre-dame fondée dans un but de piété mais dépourvue de
revenu, et, en 1638, une confrérie du Rosaire.
D’après le registre aux délibérations, l’église n.aurait été fermée et les cérémonies du culte interrompues que pendant à peine une année, du 15 germinal an II au 5 germinal an III (4 avril 1794 au 22 mars 1795).
MALADRERIE.
II existait, au XVème siècle, une maladrerie. Elle était construite sur environ 20 verges (10 ares 20 centiares) de terre, dans le village même, en un endroit où la rue, plus large, avait une de ces extensions herbues, si communes encore de nos jours, et qui portaient alors le nom de “froc”. C’était une “maison croisée”, c’est-à-dire “sur laquelle était fichée une croix de bois pour indiquer qu’elle était tenue en pure et perpétuelle aumône et complètement en dehors de la juridiction séculière”. Cette définition est de Mr Léopold Delisle, et ce qu’on dit de cette maison croisée d’Orival y répond, au moins partiellement. En effet, on dit bien que c’est une “maison d’omosne”, mais la juridiction n’en était pas certaine. La maladrerie passait pour relever de la justice du comte d’Aumale. Elle était habitée vers 1640 par un seul homme, de qui on ne dit pas qu’il fût lépreux – comme on le dit du Jean le Duc, de la maladrerie croisée de Lafresnoye, à la même époque – mais ce paraît probable. On le nomme “Miguel des Yeis”. II faisait, à cause de cette habitation, 6 sols de rente à la fabrique de l’église qui, pourtant, n’apparaît pas propriétaire de cette maladrerie. Cette maison n’a laissé aucun souvenir dans les noms de lieux-dits, ni les rues d’Orival.
ARCHIVES.
Les registres paroissiaux commencent en 1675. Les notes sont rares. On trouve des actes de l’État-civil des Riencourt aux : 9 août 1684, 9 septembre 1685, 12 septembre 1686, 18 mai 1688, 2 juin 1689, 28 juillet 1691, 5 et 7 mai 1694, 17 juillet 1698, 9 janvier 1717, 25 mai et 10 septembre 1771, 27 février 1776.
Le premier volume aux délibérations est couvert d’un morceau de parchemin qui est un fragment de registre de recette de la prévôté de Montfort, pour l’année 1558. Ce volume embrasse la période du 15 juillet 1787 au 18 avril 1796 (29 germinal an IV). ce n’est d’abord qu’une table des Arrêts et Décrets, puis du Bulletin des lois. Les délibérations concernant Orival ne commencent qu’à la page 108, au 10 prairial an IV.
Pour terminer, il faut noter que le lieu-dit Courreaux qui, du reste, n’a jamais fait partie d’Orival avant l’époque contemporaine. Avant la Révolution, son territoire fait partie de celui de Morvillers, il est de la paroisse de Saint-Saturnin et, sous la Révolution encore, il appartient à la municipalité de Morvillers ». Féodalement, il était picard et rattaché à Offignies.
La partie autrefois dénommée « Couraux » a été rattachée à Orival par ordonnance royale du 8 décembre 1829.Courreaux ou Couraux (les deux orthographes existent) correspond à la partie du village située vers Morvillers ; seule, la partie située après le monument aux morts portait le nom d’Orival.
Source : d’après le journal de l’association des jeunes « AUREA VALLIS » (1994)
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La poésie “Le temps a laissié son manteau” est une poésie de Charles d’Orléans (1394-1465).
Vous remarquerez que le français de cette époque n’est pas tout à fait le même que celui d’aujourd’hui !
Voici une traduction actuelle que certains auront, peut être, apprise à l’école:
Le Temps a laissé son manteau
- Le temps a laissé son manteau
- De vent, de froidure et de pluie
- Et s’est vêtu de broderie,
- De soleil luisant, clair et beau.
- Il n’y a bête ni oiseau,
- Qu’en son jargon ne chante ou crie:
- “Le temps a laissé son manteau!”
- De vent, de froidure et de pluie
- Rivière, fontaine et ruisseau
- Portent en livrée jolie,
- Gouttes d’argent, d’orfèvrerie,
- Chacun s’habille de nouveau
- Le temps a laissé son manteau.
Le temps a laissié son manteau
Le temps a laissié son manteau
De vent, de froidure et de pluye,
Et s’est vestu de brouderie,
De soleil luyant, cler et beau.
Il n’y a beste, ne oyseau,
Qu’en son jargon ne chante ou crie
Le temps a laissié son manteau
De vent, de froidure et de pluye.
Riviere, fontaine et ruisseau
Portent, en livree jolie,
Gouttes d’argent, d’orfaverie ;
Chascun s’abille de nouveau
Le temps a laissié son manteau.
La Maire, Xavier Hatté et le Conseiller municipal, Raymond Broszniowski, présentent leurs meilleurs vœux de réussite , de bonheur et de santé à tous leurs concitoyens.
Voici comme chaque année, les aînés réunis autour de leur maire et de leur conseiller municipal pour passer un moment convivial dans la joie et la musique: les membres du CCAS présents animaient ce moment de convivialité.
Voici une photo de l’ancienne église d’Orival (source delcampe.net)

L'ancienne église d'Orival
Notre balai se retrouvait tout seul, sans amis, exposé aux intempéries, lui qui était d’une santé assez fragile.
Personne ne faisait plus attention à lui. Et de plus, il craignait de tomber sur le sol, d’être piétiné par ses poules malodorantes et criardes. Combien de temps allait durer son supplice ?
Pauvre Eugène, toi, si fier quand tu étais chez Monsieur André, le quincaillier, si courageux quand on venait te chercher pour balayer la maison pendant tant d’années.
Un matin, le patron se dirigeait vers le jardin et cherchait visiblement quelque chose. Son regard se posa sur le malheureux Eugène, appuyé contre le mur du poulailler. Il vint vers celui-ci, le regarda un instant comme si il le soupesait, le prit promptement et reparti vers le jardin.
Eugène n’avait vu le jardin que de loin. C’était un univers qu’il ne connaissait et qu’il lui semblait à lui, être de l’intérieur, un monde étrange et inquiétant. Et il se retrouve maintenant couché sur la terre humide. Quelle drôle de sensation ! Des bruits insolites, des odeurs nouvelles l’envahissaient. Ce n’était pas désagréable. Il en oubliait tous ses chagrins, toutes ses misères.
Soudainement, il fut tiré de la rêverie qui s’était emparée de lui. C‘était le patron, à nouveau, qu’il l’avait saisi. Cette fois ci encore, il eut peur.
-aie ! aie ! aie ! Un cri de douleur lu échappait chaque fois qu’avec un énorme marteau le patron lui taper sur la tête. Mais pourquoi fait-il cela ?
Le patron s’arrêta. Il était maintenant fiché solidement dans le sol. A coté de lui, une petite voix fluette et chantante lui dit :
-Tu es devenu un tuteur pour les tomates.
-c’est quoi un tuteur ? C’est quoi des tomates ? demanda Eugène à sa nouvelle voisine.
-je me présente : je m’appelle Isabelle et je suis une ancienne canne ; mais ma tête est cassée. Alors on se sert de moi comme tuteur. La bas, un peu plus loin, c’est Monsieur Raoul. Avant, c’était un très beau parapluie. Il ne lui reste que le manche qui sert de tuteur lui aussi.
- mais un tuteur cela sert à quoi ? questionna Eugène, intrigué.
- tu ne connais pas les plantes du jardin ? s’exclama la douce Isabelle
-tu sais, je suis un citadin, dit fièrement notre balai et de continuer :
-moi, j’ai toujours vécu dans des endroits où mon travail était de rendre propre les sols.
-Et tu penses que la terre est sale… répondit en souriant son interlocutrice. Eugène ne savait plus quoi dire. Après quelque instant de silence, moins sur de lui, il repris la parole :
-tu ne m’as pas toujours dit ce qu’est un tuteur…
-eh bien, quand les tomates vont pousser, elles auront besoin d’être accrochées à un support pour ne pas tomber et avoir le nez au soleil pour faire mûrir leurs beaux fruits rouges.
Eugène ne compris pas tout, tout de suite. Mais l’été arriva et il ne fut pas peu fier que s’accroche à son cou une magnifique tomate.Ils devinrent de très grands amis.
Mais ce qu’il ne savait pas, et personne n’osa lui dire, c’est que les plantes ne vivent qu’une saison. Il vit donc sa délicieuse amie disparaître ave les premières journées grises et pluvieuses de l’automne. Son chagrin fut immense. Il resta là planter au milieu du jardin, seul. Car, on ne sait pourquoi, son ami Isabelle, la canne et même Raoul, le vieux manche de parapluie avaient été arrachés pour servir peut être encore l’année prochaine. Lui, on l’ avait été oublié…
L’unique conversation qu’il pouvait encore avoir, était avec quelques poireaux qui attendaient jusqu’à l’hiver où ils seraient à leur tour les uns après les autres, arrachés pour faire une bonne soupe.
Voilà venir décembre. Notre ami Eugène avait bruni. Il était même presque noir. Les rayons du soleil, la pluie, le vent lui avaient donné un ton sombre d’un plus bel effet. Mais à quoi cela pouvait t-il servir ? De plus, avec le froid, les pieds dans la terre, il avait attrapé un gros rhume qui ne guérissait pas.
Un matin le ciel était gris et bas.Il faisait froid. Tout notre balai fut réveillé par une drôle de sensation. Des espèces de petites bêtes blanches le piquaient de partout. Elles devenaient de plus en plus nombreuses. Bientôt, ces petites bêtes blanches le couvrirent, ainsi que le sol qui l’entourait, d’une couche épaisse et laiteuse.
-mais qu’e st-ce que c’est ? se demandait Eugène. Lui qui avait toujours vécu à l’intérieur d’une maison, ne comprenait pas que ce qu’il lui tombait sur le bout du nez C’était de la …neige.
Un gros poireau qui ne demeurait pas très loin de lui, en ricanant, lui dit :
-mais c’est de la neige, gros bêta !
-de… la neige ? s’exclama notre Eugène qui avait, malgré son age, gardé un peu de naïveté.
La neige tomba toute la journée et le soir venu, notre balai était la seule chose qui dépassait du jardin.
Le matin suivant, Eugène le balai, avait l’impression d’être comme un marin perdu au beau milieu de l’océan sur une île déserte. Les bruits habituels étaient étouffés par le manteau neigeux. Tout à coup, il entendit des cris d’enfants. Ils se rapprochaient du jardin.
-on va faire un bonhomme de neige ! on va faire un bonhomme de neige ! s’exclamèrent-ils.
Et les voila qui s’activent, roulant de grosses boules de neige, s’interrompant parfois pour se lancer des poignées de neige….
Il était presque midi. Dans le jardin trônait maintenant un personnage bizarre. Il avait un gros corps sans jambes. Un vieux chiffon lui servait de cache nez. Un des enfants avait dégotté un vieux chapeau de paille (qui avait du appartenir au jardinier), et il lui avait mis sur la tête. Il avait à la place des yeux, deux morceaux de charbons noirs. Une carotte qui avait été trouvée dans le jardin, lui servait présentement de nez.
-Il lui manque quelque chose, dit une petite fille.
Quoi ? questionna un grand garçon, la chevelure poil de carotte.
-Un balai ! grand nigaud…
Tous les regards se tournèrent vers Eugène qui en fut tout intimidé. Le grand garçon roux se dirigea vers lui et d’un geste sec l’arracha du sol. Il alla le planter dans le bonhomme de neige. Les enfants qui avaient fait un cercle autour de celui-ci, se mirent à applaudir. Etait-ce pour Eugène ou pour le bonhomme de neige ?
Mais au loin, on entendit des appels. C’était l’heure de déjeuner et les enfants s’éparpillèrent comme une nuée de moineaux.
Eugène, le balai, restait seul avec son nouveau compagnon.
Pendant tout l’hiver ils furent, en quelque sorte, inséparables. Eugène se sentit même naître une vocation de conteur, car son nouvel ami est ignorant de tout. Il lui raconta sa jeunesse chez le brave Père André, le quincaillier, sa vie et ses amis du placard…
Et il avait de la visite : tous les jours, un ou deux enfants venaient leur rendre visite. On pris même des photographies
Mais un jour, le soleil, qui s’était montré très discret, revint avec de plus en plus de force. Les jours rallongeaient. Les oiseaux chantaient à nouveau dans les haies.
-pourquoi transpires- tu, ami bonhomme de neige ? s’inquiéta un jour Eugène le balai.
-je ne sais pas, mais je me sens tout diminué, lui répondit son ami.
Et le lendemain matin, Eugène se réveilla tout mouillé comme si il avait pris une douche. Bonhomme de neige avait disparu…
Eugène regarda partout. Nulle trace de son compère.
-Il est parti se dit-il, désorienté.
Le chapeau du bonhomme de neige tout trempé, était par terre et d’une voix faible et enroué, il dit à notre balai :
-Notre ami a fondu ; c’est le sort de tous les bonhommes de neige. C’est comme ça ajouta-t-il avec philosophie.
Eugène une nouvelle fois se retrouvait seul gisant sur le sol humide du jardin. Il murmura :
-cette fois ci, c’est fini…
Epilogue
Mais il faut toujours garder espoir.
Un matin, une main ramassa notre ami agonisant. Une grosse voix qu’il connaissait le fit revenir à la conscience. C’était la voix du patron. Il sentir renaître en lui une espérance.
Le voila dans l’atelier, sur l’établi. Il y avait une forte odeur d’huile et de sciures. Maintenu fermement d’une main par le patron, Eugène se demanda ce qui allait lui arriver. Le brave homme saisit une scie et avant qu’Eugène ait eu le temps de crier, il lui coupa la tête qui était toute déplumée :
-cela fera u bon manche pour ma binette grommela-t-il entre ses moustaches.
Voila comment les balais finissent leur vie, pour en recommencer une autre bien sûr…
Fin.
Pendant des années Eugène vécut heureux. Il n’hésitait pas à balayer le matin, le midi, après le repas, le soir aussi. Il finit pas connaître toutes les pièces de la maison tous ses recoins. Il lui arriva même de s’aventurer dehors quand son collègue, le gros balai du dehors, qui s’appelait je crois Mabon, se blessa gravant et qu’il dut le remplacer momentanément.
Notre ami Eugène eut de nombreuses aventures qu’il aimait bien raconter à ses amis le placard, le soir avant que tout le monde ne s’endorme. Comme le jour, par exemple, le fils de la patronne s’était tordu la cheville. Il avait une belle entorse. Il s’était alors servi d’Eugène comme béquille. Pendant trois semaines, Eugène n’avait rien fait que de se promener avec le fils de la patronne. Cela avait été comme des vacances.
Une autre fois, des amis de la maison étaient venus passés le week-end. Les enfants de ces derniers, se servirent de lui comme d’un cheval. Eugène s’était bien amusé.
Une autre fois encore, il fut accroché derrière la dernière voiture d’un couple de jeunes mariés. Ce fut un voyage magnifique. Il vit tout le village, l’église, la mairie…
Ainsi, sa vie comme chacun de nous était ainsi faite de petits événements quotidiens parfois entrecoupés de moments plus inhabituels…
Mais, après de nombreuses années, alors qu’il n’était plus très jeune…
Un matin, il entendit un bruit étrange….
Il regarda son collègue plus jeune. En effet, depuis quelques mois, la patronne avait racheté un balai. Il faut dire que notre ami Eugène s’était, avec les années, un peu déplumé. Il vivait aujourd’hui tranquillement, presque en retraite. La tête entourée de la serpillière, on le sortait parfois, à la place de la Mère Honorine, la très vielle brosse qui ne bougeait plus de son coin. Il remplaçait ainsi de temps en temps, cette dernière. Il faut dire, néanmoins, que cela devenait de plus en plus rare. C’était donc son jeune ami que l’on appelait Nestor qui se chargeait maintenant des travaux de balayage.
Mais revenons à notre bruit étrange. C’était une sorte de ronronnement continu. L’inquiétude ne gagnait pas encore les habitants du placard. C’était plutôt de la curiosité. Et comme personne n’était sorti ce matin, on ignorait tout de ce qui se passait dans la maison.
Depuis quelque temps, il se passait des choses étranges dans la maison. On avait vu arriver un réfrigérateur énorme, ventru qui engloutissait des tas de nourriture. Il s’était substitué au vieux garde manger que l’on avait oublié à la cave, seul et désespéré. Puis, vint une machine bruyante, qui tournait tout à coup furieusement, et qui avait un très mauvais caractère. Elle lavait le linge parait-il ! On mis le grand baquet qui avait vu tant de serviettes de draps, de chemises dans le jardin.On le gava de terre et rapidement, il fut couvert d’un manteau de petite fleurs de toutes les couleurs. Le baquet, à ce qu’on dit, ne s’en plaignait pas.
Et puis vint la bavarde. Elle était massive, et trônait au milieu de la salle de séjour Les patrons en étaient fous, le soir surtout.Le patron disait :
-allume la télévision pour voir les informations
et la patronne de répondre :
-qu’ y a-t-il ce soir au programme ?
On n’arrivait plus à dormir.
Pour revenir à notre bruit bizarre, celui-ci s’arrêta au bout d’une heure. Ouf ! Quel silence…
La porte du placard s’ouvrit et alors chacun retint son souffle. La patronne posa dans parmi tous nos amis, un drôle d’engin. Sitôt la porte refermée, les questions commencèrent à fuser :
Qui es-tu ? demanda la première la vieille Honorine, comme d’habitude toujours aussi pipelette.
Le nouvel occupant du placard, regarda tout le monde et d’un ton arrogant déclara :
-Je suis un aspirateur !
-et cela sert à quoi un aspirateur ? questionna hardiment le jeune balai Nestor.
-eh bien ! c’est moi qui ramasse les poussières et je suis plus efficace que mille balais, rétorqua sans ménagement le grossier personnage.
Un silence désapprobateur suivi cette déclaration. On entendit les pleurs étouffés du jeune Nestor qui prononçait ces terribles paroles :
-alors on ne sert plus à rien !
L’aspirateur qui sentait qu’il avait été trop loin, ajouta plus doucement :
-oui, mais parfois, il y a des coins où je ne peux pas aller…et je ne sais pas laver le carrelage.
-on a donc encore besoin de nous, se consolait notre jeune ami.
Les choses avaient repris leur cours normal. Certes, Monsieur l’aspirateur ronflait tous les matins, certes, le jeune balai Nestor ne sortait plus aussi souvent pour travailler, mais on s’était accommodé de cette nouvelle vie.
Mais un jour, alors que la patronne rangeait l’aspirateur, elle regarda Eugène, notre balai en semi retraite, d’un air bizarre…
-tu tiens de la place, toi. Je n’ai plus besoin de toi. Et d’ajouter
-je vais me débarrasser de toi
-elle saisit sans ménagement par le col notre balai Eugène et l’emporta vers on ne sait quelle destination.
La consternation se lisait sur les visages de tous ses amis du placard. Même ce gros prétentieux d’aspirateur semblait ému par la situation.
Voila notre Eugène en dehors de la maison. Il n’en menait pas large. Que vais-je devenir ? pensait-il. La patronne se dirigea vers le poulailler où deux coqs furieux se disputaient pour on ne sait quelle raison. Du coup, Eugène, lui qui est si doux, eut peur d’être l’objet qui servirait à calmer les deux protagonistes. Mais la patronne ne vit que la bataille. Elle en oublia Eugène qu’elle posa là, contre un mur, pour aller séparer la volaille.
A suivre…
L’aventure commençait pour notre ami !
Et le voila dehors.
Notre balai, habitué à la douce pénombre du magasin, fut ébloui par la lumière du dehors. Il faisait un grand soleil chaud et le ciel était si bleu…
La dame se dirigea à petits pas vers une carriole attelée à un âne qu’on appelait Fifi.
-Hue ! Fifi s’écria la dame et la charrette s’ébranla. Notre balai Eugène…
Ah j’oubliai, ce brave balai se prénommait Eugène. C’est le nom que ses copains de la quincaillerie lui avaient donné. Un prénom noble qui posait notre personnage, car il était il faut bien le dire, celui ci était un peu guindé. Ce qui me direz-vous est normal pour un balai.
Donc Eugène, puisque il faut l’appeler ainsi maintenant, se retrouva, à la sortie de la ville, sur une petite route quelque peu poussiéreuse. Il avait soif sous ce soleil très haut dans le ciel. La dame ou plutôt son âne prenait son temps.
Tout à coup, l’équipage tourna dans un chemin cahoteux mais délicieusement ombragé. Un vrai bonheur pensa Eugène. Mais un trou plus méchant que les autres faillit le faire tomber.
Mais la dame veillait sur son trésor…elle rattrapa Eugène prestement.
Pendant le reste du voyage, notre balai faillit s’endormir épuisé par toutes ces émotions.
Il fut tiré hors de sa torpeur par un « ho ! ho ! » Fort et puissant. C’était le mari de la dame, un solide paysan aux mains énormes et calleuses qui saisirent notre Eugène. Celui ci prit peur mais impossible de s’échapper !
Qu’allait-il devenir ?
Le paysan l’emmena dans la maison et là, il retrouva avec bonheur une certaine obscurité. Elle lui rappelait un peu celle du magasin du Père André.
Mais oh stupeur ! Le paysan ouvrit une porte de placard et y déposa sans douceur ce brave Eugène…et referma la porte aussitôt
Ainsi notre balai allait-il terminer sa vie en prison ?
Un peu abasourdi, il mit quelques temps à recouvrer ses esprits.Il restait terrorisé dans ce noir qui lui paru en premier lieu, impénétrable. Il entendait autour de lui, des murmures inquiétants. Qu’avait-il fait pour mériter cela ?
Peu à peu cependant, l’endroit lui paru moins sombre. La porte du placard laissait filtrer une raie de lumière. Le regard de notre ami s’habituait progressivement et il commençait à mieux percevoir le contenu de son environnement.
Les voix s’étaient tues. Mais tout à coup une vois grave venant du coin le plus reculé gronda :
-Qui es-tu ?
Notre balai intimidé répondit aussitôt :
Je m’appelle Eugène et je viens de chez Monsieur André…
La même voix terrible l’interrompit :
-qui est ce monsieur André ?
Avant que notre pauvre Eugène ne réplique, une autre voix douce et chaleureuse se fit entendre :
-Père Gustave, arrêtez d’effrayer ce malheureux avec votre grosse voix !
Et de continuer :
Bonjour mon petit ami, je vais te présenter notre communauté, la communauté du placard…
-d’abord, je ne te présente pas le Père Gustave. C’est lui qui vient de parler. Il est un peu ronchon mais c’est un brave vieux seau en fer. Le temps lui a laissé quelques traces de rouilles un peu partout sur le corps. Il a aussi plusieurs bosses, témoignages d’une longue vie d’un dur labeur. Et la serpillière que tu voies s’accrochant à lui c’est sa fille fidèle qui l’aide dans le lavage du sol de la maison. Je peux te dire qu’il y a du travail ici. La patronne n’aime pas avoir la maison sale, mais tu sais à la campagne lorsqu’on revient des champs, les sabots sont crottés et à chaque fois, tout est à recommencer. Enfin tu verras. Je suis sûr que toi aussi tu vas beaucoup servir…
Elle resta un moment silencieuse, rêveuse, car celle qui venait de parler était une très vieille brosse toute usagée. Il ne lui restait presque plus de crins.
- Tu es une vielle bavarde, Mère Honorine, toussa un écouvillon complètement rouillé encore plus vieux, encore plus déplumé. Il avait été sans doute oublié là, posé par négligence.Il ne devait pas être sorti du placard depuis des lustres.
-laisse moi terminer les présentations Monsieur le géronte.
L’écouvillon, vexé se renfrogna dans son encoignure, accroché à son clou aussi rouillé que lui.
-Donc je continue les présentations, mon petit Eugène.
-Voici par terre, Irène et René. Irène, c’est la balayette et René, c’est le ramasse poussière. C’est un couple charmant, toujours inséparable, surtout dans le travail. Et voici Octave, le plumeau. C’est un garçon vif, léger.Son plaisir est d’aller partout.Tu le verrais, voler de meuble en meuble…Quand il était jeune il a pris des cours de danse et cela lui est resté, n’est-ce pas Octave ? Celui-ci qui était un timide, baissa la tête et émis un petit bruit de satisfaction.
Reprenant son souffle, Honorine continua :
-et le grand là bas, c’est Monsieur Paul.
Monsieur Paul, une tête de loup très grande, s’inclina et dit avec affectation :
-enchanté, Monsieur Eugène.
Dans le placard, il y avait aussi des étagères sur lesquelles vivaient des éponges toujours en train de chuchoter, des paquets de lessives baillant, la bouche grande ouverte, des gros savons de Marseille dont il fallait se méfier car on les disait sournois… et plein d’autres personnages plus ou moins importants. Je pense là par exemple, aux pièges à souris dont la réputation était encore plus sinistre. Personne, d’ailleurs, n’osait leur parler.
Voila dans quel monde notre ami Eugène le balai allait vivre maintenant. Un monde différent de celui qu’il avait connu chez le Père André. C’était un petit monde où il se sentait déjà bien parmi ses nouveaux amis. Si le travail quotidien était dur, à la fin de la journée, on pouvait être fier d’avoir accompli sa tache avec honnêteté et courage.
A suivre…






